L'effet protecteur des oméga-3 sur le cœur remis en cause (source lefigaro.santé.fr)

La prise de gélules d'extraits d'huiles de poisson riches en oméga-3 ne permet pas de réduire significativement le risque de maladies cardiovasculaires, selon une étude coréenne.

 

Les gélules d'oméga-3 sont-elles efficaces pour prévenir les risques d'attaque cardiaque? Si pour une bonne partie de l'opinion, l'effet protecteur de ces acides gras polyinsaturés naturellement présents dans les poissons gras(thon, saumon, maquereau…) et dans certains végétaux comme les noix ou le colza, ne fait guère de doute, les données scientifiques permettant de l'attester sont nettement plus balancées.

La vogue des oméga-3 est partie du constat que les pays où la population consomme beaucoup de poissons sont aussi ceux dont le taux de mortalité cardio-vasculaire est le plus bas. En 1999, l'étude italienne Gissi-prevenzione qui portait sur 11.000 malades cardiaques prenant quotidiennement des gélules d'oméga-3 est venue enfoncer le clou en mettant en évidence une diminution de 10% du risque de décès (récidive d'infarctus, attaque cérébrale) au bout de 3 ans et demi.

Mais des biais importants, notamment le fait que l'essai n'a pas été conduit en double aveugle (les sujets savaient qu'ils prenaient des oméga-3), ont considérablement réduit la portée de ces résultats.

Depuis, aucun des nombreux autres essais thérapeutiques réalisés sur le sujet n'a montré de différence significative entre les personnes prenant des oméga-3 et celles à qui l'on avait prescrit un placébo.

Aucune différence constatéeimages.jpg

Cette semaine, une étude coréenne publiée dans la revue Archives of Internal Medecine arrive à la même conclusion. L'équipe dirigée par le Dr Seung-Kwon Myung, du National Center Cancer, à Ilsan (Corée du Sud) a effectué une méta-analyse de 14 études précédentes menées aux États-Unis, en Inde et en Europe (Italie, Allemagne, Pays-Bas). Ces travaux concernaien t un total de plus de 20.000 patients souffrant de problèmes cardiaques et ayant pris en aveugle des oméga-3 ou un placébo pendant un à cinq ans. Aucune différence n'a été constatée. Les deux groupes ont présenté le même taux d'AVC et d'attaque cardiaque. En outre, parmi ceux qui prenaient des gélules d'oméga-3, le taux de mortalité était le même quelle que soit la dose prescrite ou la durée du traitement.

Interrogé par Reuters Health, le Dr Myung a déclaré qu'il était inutile, pour les personnes n'ayant pas de pathologies cardiaques, de prendre des oméga-3 en vue de se prémunir contre des risques futurs.

Manque de données

«Pour l'instant, nous manquons de données solides pour suggérer une supplémentation alimentaire de routine avec des extraits d'huile de poisson», déclare la nutritionniste Alice Lichtenstein, de l'université Tufts de Boston. Cette spécialiste note toutefois que les études ne portent que sur un petit nombre d'années. Or les pathologies cardiaques ou vasculaires peuvent se développer sur un laps de temps beaucoup plus long. Pour en avoir le cœur net, il convient donc d'attendre le résultats d'études menées sur des périodes plus grandes.

Si l'intérêt de prendre des gélules d'oméga-3 reste à prouver, tous les spécialistes s'accordent en revanche pour dire qu'une alimentation variée riche en omégas-3, d'origine animale ou végétale, est bénéfique pour le système cardio-vasculaire. «La qualité de l'alimentation est probablement plus importante que le fait de prendre des gélules en supplément», souligne le Pr Nicolas Danchin, membre de la Société française de cardiologie.

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire