Obésité : mieux cibler les enfants à risque ( source le figaro.fr)

Le carnet de santé devrait être au centre d'un dépistage précoce.

 

» Rééquilibrer la vie de famille pour faire entrave à l'obésité de l'enfant

» Des solutions restent à trouver contre l'obésité infantile grave

Les stratégies de lutte et de prévention mises en place par de nombreux pays face à l'épidémie actuelle d'obésité infantile sont-elles efficaces? En France, les chiffres les plus récents semblent indiquer une stagnation: selon la dernière étude nationale nutrition santé de l'INVS, le taux d'enfants de 3 à 17 ans en surpoids ou obésité s'est maintenu autour de 18 % entre 2000 et 2006. «Il faut rester prudent face à cette stabilisation, précise le Dr Myriam Dabbas-Tian, pédiatre à l'hôpital Necker-Enfants malades, à Paris. Ce chiffre moyen ne reflète pas les différences qui continuent à s'accentuer entre les milieux sociaux les plus favorisés et les moins favorisés. Les cas d'obésité grave sont par ailleurs en augmentation, de plus en plus tôt.»

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L'objectif est de réduire les risques à long terme que pose l'obésité (maladies cardio-vasculaires, diabète…) et leur coût pour le système de santé. De nombreux efforts se focalisent sur l'obésité infantile, une intervention ciblée qui soulève cependant de nombreuses questions - et des débats parfois houleux - sur les causes de l'obésité chez l'enfant, sur ses conséquences et les moyens de lutte. La majorité des études ont démontré que l'obésité infantile est associée à un déséquilibre nutritionnel ainsi qu'à une plus grande sédentarité des enfants, mesurée notamment par le temps de loisirs face à un écran.

La famille et notamment les mères se sont retrouvées au cœur du tourbillon des causes de l'obésité, même si le lien de cause à effet est difficile à démontrer. La proportion d'obésité infantile est notablement plus élevée dans les milieux sociaux les plus défavorisés, en lien notamment avec le niveau d'études de la mère. Or une étude de l'Université de Grenade, publiée ce mois-ci, montre que l'équilibre nutritionnel des enfants est meilleur lorsqu'ils prennent leurs repas à la maison.

Plus un problème psychosocial qu'un problème de santé

De telles contradictions se reflètent également dans la façon de prendre en charge les enfants en surpoids. La majorité des services spécialisés proposent une intervention multidisciplinaire pour favoriser une meilleure alimentation et une activité physique plus fréquente. Le Pr Patrick Tounian, pédiatre à l'hôpital Trousseau, à Paris, insiste, lui, sur le fait que les enfants obèses ne sont pas les victimes d'une mauvaise éducation ni d'un manque de volonté, mais de leur nature: «Une partie de la population est prédisposée à l'obésité et devra lutter toute sa vie contre un cerveau qui les programme à manger plus.»

Les autres, même s'ils connaissent des périodes de prise de poids, s'autorégulent. Le pédiatre s'appuie sur le ressenti de l'enfant et de sa famille, soulignant que l'obésité, pendant l'enfance, n'est pas un problème de santé mais un problème psychosocial. «Si un enfant arrive gros dans mon service et malheureux et qu'il repart aussi gros mais heureux, je considère que c'est un succès», estime-t-il. Selon lui, les mesures actuelles ne devraient pas mettre un tel accent sur l'obésité au risque de renforcer la discrimination parfois violente et le sentiment de culpabilité des enfants et de leurs familles.«Aucune étude ne démontre qu'une intervention précoce sur l'obésité détermine le devenir pondéral d'un enfant à l'âge adulte», prévient-il.

Faudrait-il donc mieux cibler les enfants dont le surpoids pourrait avoir des conséquences sur leur santé future? Les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS), mises à jour en 2011, insistent déjà sur l'intérêt de mieux cibler les enfants à risque grâce à un suivi plus attentif des courbes de croissance. Le rebond d'adiposité précoce, avant 6 ans, est ainsi un indicateur fiable d'un risque d'obésité future.

L'importance des courbes  de croissance

«Le carnet de santé est le meilleur moyen de dépistage précoce, à condition de bien prendre le soin d'enregistrer le poids à chaque visite, souligne le Dr Dabbas-Tian. Il ne faut pas seulement prendre en compte l'IMC mais bien suivre les courbes de croissance pour détecter très tôt les changements dans leur évolution.» Une étude britannique, publiée l'été dernier, met au jour la grande réticence des généralistes, qui se sentent impuissants face à cette pathologie, à évoquer l'obésité d'un enfant lors des consultations avec les parents qui, de leur côté, refusent d'envisager un diagnostic si discriminatoire pour leur enfant. Une intervention très précoce et très douce, appuyée sur le carnet de santé, pourrait éviter aux enfants à risque la souffrance sociale qui reste la conséquence la plus délétère de l'obésité infantile.120325-imc-small.jpg

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