Quand s'inquiéter face à une puberté précoce( le figaro.fr)

ne étude américaine affirme que les cas augmentent chez les garçons.

Les garçons américains entreraient en puberté de plus en plus tôt, ils auraient même gagné deux années par rapport à leurs pères selon une étude qui vient d'être publiée dans la revue Pédiatrics. Chez les garçons, le début de la puberté est marqué par une augmentation du volume testiculaire qui débute en moyenne autour de 12 ans. Selon les observations des pédiatres américains réalisées sur plus de 4000 enfants, cette augmentation du volume des testicules débuterait actuellement autour de 9 ans et demi.

Si la puberté précoce est un phénomène de moins en moins rare chez les filles, elle demeure exceptionnelle chez les garçons. Elle concernerait environ huit filles pour deux garçons. C'est pourquoi les résultats de cette étude laissent sceptiques les médecins français. «Un travail non encore publié, réalisé par une équipe danoise, constate que l'âge de la puberté chez les garçons n'a pas évolué et se situe à 11,6 ans en moyenne», avance le professeur Charles Sultan, responsable de l'unité d'endocrinologie pédiatrique du CHU de Montpellier.

«Chez les garçons, nous voyons plutôt des retards pubertaires. Les avances pubertaires sont un signe d'alerte, il faut alors consulter sans tarder un endocrinologue», insiste le professeur Pierre Bougnères, responsable du service d'endocrinologie pédiatrique de l'hôpital Bicêtre, au Kremlin-Bicêtre.

Des seins avant l'âge

En revanche, les pubertés précoces seraient de plus en plus fréquentes chez les filles. Pour certains spécialistes, nous assistons même à une véritable épidémie. Il est toutefois difficile de mesurer l'ampleur du phénomène, car, en France, les données épidémiologiques sont inexistantes. Une étude qui va être lancée en début d'année prochaine par l'Institut de veille sanitaire permettra d'y voir plus clair. En attendant, les spécialistes se réfèrent à leur expérience et aux études effectuées dans d'autres pays.

«Il est vrai que chez les filles nous observons une augmentation de la fréquence des signes pubertaires précoces. C'est-à-dire l'apparition de seins et de poils pubiens avant l'âge habituel», souligne le professeur Jean-Claude Carel, endocrinologue à l'hôpital Robert-Debré, à Paris. Mais est-ce que les pubertés précoces augmentent pour autant? Pour ce spécialiste, la question reste posée. Ainsi en 2006, une étude danoise démontrait que, si le développement des seins survenait un an plus tôt que dix ans auparavant, l'âge moyen des règles n'avait, lui, pas bougé.

Le professeur Charles Sultan, qui reçoit chaque semaine 4 ou 5 petites filles chez qui on soupçonne une puberté précoce, s'alarme: «Actuellement, nous sommes confrontés à une double problématique. Soit les généralistes s'inquiètent démesurément, soit, à l'inverse, ils banalisent un développement pubertaire trop précoce.» Ni dramatiser, ni passer à côté. Car une véritable puberté précoce n'est pas anodine. Un enfant qui démarre une puberté trop tôt va pousser plus vite que ses camarades du même âge. Mais si on n'arrête pas momentanément le processus pubertaire, il deviendra un adulte bien petit.

Plus fragiles psychologiquement

La taille n'est pas l'unique enjeu: les enfants qui font une puberté précoce sont aussi plus fragiles psychologiquement. «Des études ont montré que ces enfants avaient plus de conduites à risque, qu'ils réussissaient moins bien à l'école...», met en garde Jean-Claude Carel. Charles Sultan évoque également des conséquences médicales tout aussi inquiétantes chez ces enfants, «avec un risque supérieur de devenir obèse, de développer un diabète. Des études ont aussi montré un risque accru de cancer du sein à l'âge adulte», souligne-t-il.

Alors quand faut-il s'inquiéter et consulter? Chez les garçons, ce sera une augmentation du volume des testicules avant l'âge de 10 ans, chez la fille ce sera l'apparition des seins avant l'âge de 8 ans. «Cela ne signifie pas pour autant qu'elle démarre une puberté», insiste Jean-Claude Carel, mais pour s'en assurer mieux vaut avoir recours à un avis spécialisé.

«Une pilosité pubienne trop précoce assortie de signes comme l'apparition de points d'acné, une modification de la nature des cheveux, qui deviennent gras… doit aussi conduire à une consultation, sans pour autant s'affoler», explique Charles Sultan. Examen clinique, radiographie osseuse, IRM, dosages hormonaux, la batterie d'examens va permettre d'évaluer si l'enfant a commencé sa puberté ou non. Dans 80 à 90 % des cas, les pubertés précoces sont dites idiopathiques, c'est-à-dire sans cause connue.

Pour bloquer ce processus si nécessaire, la seule solution est l'injection régulière d'hormones jusqu'à l'âge normal de la puberté vers 10-11 ans.


Plusieurs facteurs en cause, l'obésité, l'environnement…

Au milieu du XIXe siècle,  les jeunes filles étaient réglées entre 16 et 18 ans, elles le sont aujourd'hui, en moyenne,  à 12 ans 3/4. L'âge des règles ne bougerait cependant plus depuis trente ans. Mais pourquoi certains enfants commencent leur puberté bien avant  les autres? Pour les médecins plusieurs facteurs se conjuguent.

La génétique familiale pèse  ainsi lourdement sur l'âge des premières règles. Mais ils évoquent également l'influence de l'obésité. «Il existe un lien entre le développement et l'accumulation de graisse, notamment au cours de la première année, et la puberté précoce», souligne le professeur Jean Claude Carel. Les facteurs environnementaux, avec un rôle possible des perturbateurs endocriniens, sont également pointés du doigt, même si leur effet est plus difficile à démontrer.

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